Amaru Mayra (extrait de mon manuscrit)
(...)C’est à la suite d’une extraordinaire, aventure survenue au confluent de la rivière Nhamundá, la rencontre des fiers hidalgos avec la mythique tribu guerrière des Amazones tropicales que naquit la curieuse légende qui allait donner au fleuve d’Orellana le nom prestigieux qu’il a gardé depuis. Gaspar de Carvajal, moine de l’ordre des mendiants des Frères prêcheurs de l’ordre de Saint Domingue de Guzmán et chroniqueur du voyage historique de Francisco Orellana des Andes à l’Atlantique, relate à propos de cet étrange événement que l’attaque fut surprenante et brutale.
Il s’empresse de préciser que ces femmes fort belliqueuses très grandes, au corps
gracieux au teint clair et aux longs cheveux nattés en petites tresses, toutes nues songeaient à peine à cacher leurs « parties honteuses » mais que munies de leurs seuls arcs et de
leurs flèches, elle guerroyaient autant que dix Indiens à la fois. Tant qu’il ne s’agit que de décrire l’intense agressivité dont firent preuve les farouches « Dames du fleuve »,
agressivité que le prêtre souligne plutôt deux fois qu’une, puisque avec leurs arcs et leurs flèches, elles parvirent à tuer sept ou huit Espagnols, il n’y a rien à redire et ses déclarations
paraissent fort plausibles. Mais lorsque pour mieux tenter de faire croire que l’exceptionnelle rencontre avec les fidèles émules tropicales des Amazones d’Asie Mineure sur les berges du Marañon
fut un événement totalement imprévu, le Dominicain prétend soudain avoir décelé un étonnement extrême ou mieux encore un effet de colossale surprise chez les expéditionnaires Espagnols à la vue
des sauvageonnes en furie, ses affirmations gratuites sonnent faux alors. Et ne peuvent être accueillies de confiance car selon son propre récit, la renommée les en avait déjà
informés.
Ne dit on pas auparavant que dès le retour de leur long et périlleux périple aquatique, à l’occasion de furtives escales le long des rives abondamment peuplées de l’impressionnant Paranàtinga des sylvicoles, les Espagnols avaient appris par bribes des sauvages, parfois même de Tuxana (33bis) amis et notamment d’un cacique Apariá les nouvelles les plus inquiétantes et merveilleuses à la fois au sujet des « Cunhapuiaras » les femmes robustes, ou encore les « Icamabias » les femmes sans mari. Comme on avait coutume de les surnommer.
Au sujet du tempérament excessivement agressif que Carvajal prête aux farouches Amazones
tropicales, il apparaît à travers les récits des chroniqueurs portugais du XVIIème siècle que cette attitude particulière au combat n’est pas une caractéristique unique propre à ces seules
guerrières de la jungle puisqu’il est dit que les Indiennes des rives du Rio Tapajos à sa confluence avec l’Amazone combattaient toujours aux avant postes. Elles luttaient avec tant de bravoure
que leurs compagnons n’osaient fuir même devant un ennemi plus nombreux.
C’est qu’elles n’hésitaient pas à abattre à coups de massue celui des leurs qui, pris de panique, tournait le dos à l’adversaire. Pour sa part le capitaine de frégate Solano, envoyé du roi d’Espagne pour diriger à la suite du traité de Madrid la première commission de frontière hispano-lusitanienne entre ce qui deviendra Brésil et Venezuela, mentionne en 1756 que les Indiens Zanomani, les femmes et surtout les jeunes mariées accompagnent leur époux à la guerre et s’y montrent des plus courageuses. Et il ajoute : c’est qu’elles ont appris dès leur tendre enfance et comme les garçons le maniement de l’arc et l’écu.(...)
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