Après avoir ôté son manteau, Irina splendide péripatéticienne quinquagénaire, se déshabille et se soumet à la fouille d’usage précédant son entrée en détention.
Les effets ( papiers, bijoux, argent ) que la législation en vigueur ne lui permet pas d’emporter en cellule sont consignés dans une boite étiquetée à son nom.
Elle les récupérera dans quelques mois, une fois sa peine effectuée, quand elle fera le même trajet en sens inverse.
Karine la surveillante pénitentiaire est profondément émue par la pudeur de cette Vénus que sa débauche a pourtant habituée à se vautrer dans l’inimaginable.
Face à elle la superbe Irina cachant tant bien que mal sa poitrine sous ses bras repliés, lui fait plus songer à une none prise en flagrant délit de nudité par un satyre qu’à une putain tarifant ses « spécialités. »
Quelques jours plus tard, accompagnée d’une « auxi » elle distribue leurs cantines aux détenues.
Quand la lourde porte s’ouvre sur le visage de la moldave, les deux femmes se fixent droit dans les yeux et s’échangent un sourire.
Empathique pour Karine, triste pour Irina.
Incarcérée pour racolage sur la voie publique et outrage aux forces de l’ordre, la prostituée occupe avec Samira, une jeune maghrébine tombée pour trafic de stupéfiants, une cellule d’une propreté immaculée, au sol quotidiennement récuré par la serpillière et décorée au mieux avec les moyens du bord.
La douceur mélancolique d’Irina ne tarde pas à envouter Karine sa geôlière et celle-ci multiplie les occasions de discuter avec elle quelques minutes.
Au point qu’elles en deviennent de plus en plus intimes.
Petit à petit Karine devient la confidente d’Irina qui lui partage les pérégrinations souvent cocasses et parfois tragiques que sa condition la force à endurer.
La honte de l’éjaculateur précoce qui contemple médusé le préservatif rempli du sperme qu’il n’a pas pu retenir ou la trivialité du bureaucrate proférant les injures les plus obscènes les font rire aux éclats.
Par contre c’est d’une voix basse et murmurante, comme si elle craignait que les murs de la maison d’arrêt aient des oreilles, qu’Irina parle à Karine de la disparition soudaine des deux ukrainiennes qui avaient osé braver le vouloir de leurs proxénètes.
Exécutées pour l’exemple et le maintient de la terreur, elles sont probablement enterrées en forêt ou lestées d’un bloc de ciment et immergées au fond d’un lac.
Irina est finalement soulagée d’avoir cette peine ferme à purger.
La prison aussi vétuste soit-elle est beaucoup moins sordide que ces trottoirs où elle subit son abominable routine de « gagneuse » et puis ici elle ne rend de comptes à personne.
Ce qui la tourmente le plus c’est sa libération prochaine et la porte cochère surveillée par son protecteur qui l’attend dès sa sortie.
Quand arrive ce moment fatidique Irina, les yeux embués de larmes, offre à Karine le flacon de « Crystal » de chez Chanel qu’elle retrouve avec le reste de ses affaires aux greffes de la prison.
Karine refuse, le règlement interne lui interdit scrupuleusement d’accepter un cadeau d’une détenue, mais Irina catégorique le lui tendant en esquissant l’un de ses sourires désabusés qui la rendent irrésistible, coupe court aux objections de la fonctionnaire.
Jour après jour, jusqu’à épuisement du contenu de l’atomiseur, Karine se parfume en pensant à Irina.
Aujourd’hui vide et posé en évidence sur la table de sa coiffeuse, le flacon de verre continue d’y témoigner de l’indéfectible amitié unissant les deux femmes.
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