Vendredi 31 juillet 2009 5 31 /07 /2009 00:57



Flaubert aurait aimé l'adaptation de Madame Bovary que nous a donnée Claude Chabrol, j'en suis persuadée. Il avait lui-même l'étoffe d'un prodigieux réalisateur, je ne suis pas la première à le souligner. D’ailleurs, il m’a semblé lire, lorsque j’ai vu le film sur grand écran à sa sortie, que Chabrol avait choisi de citer le nom de Gustave Flaubert dans le générique, en qualité de réalisateur de son propre film. Est-ce le fruit de mon imagination ?.Je n’ai pas eu l’occasion de revoir ce film admirable depuis, l’un des plus beaux et plus forts de Claude Chabrol, qui en compte pourtant de remarquables à son palmarès. Je n’ai donc pas eu le loisir de le vérifier.

Claude Chabrol réussi le tour de force de rester parfaitement fidèle à l’œuvre tout en y apportant un éclairage personnel. Il est rarissime de ne pas être déçu par l’adaptation d’une œuvre littéraire à l’écran.


Rodolphe,le premier amant d’Emma, est un tout petit monsieur, un don Juan de sous-préfecture, un coq de village fat et extrêmement limité à tous points de vue, un simple étalon et basta ! Quant au second, il ne mérite pas que l’on s’y attarde, c’est un pleutre.

Celui que j'aime dans ce roman, mon préféré entre tous, c'est Charles, vraiment. Même si « La conversation de Charles était plate comme un trottoir de rue, et les idées de tout le monde y défilaient dans leur costume ordinaire, sans exciter d'émotion, de rire ou de rêverie. », je l’aime quand même.

Charles n’est peut-être pas un beau ténébreux, mais un mal aimé, « veuf et insolé », sans aucun doute. Lui aussi, il meurt d'amour à la fin, ne l'oublions pas. C'est lui, l'autre victime de l'histoire et non la moindre. Il n'hésite pas à triompher de sa modestie et de son humilité naturelles pour tenter une opération vouée à l'échec. Lucide, il connaît ses limites mais s’efforce de les dépasser pour plaire à sa redoutable épouse, jamais contente, jamais satisfaite, quoiqu’il fasse. La troisième victime, c’est Berthe, l’enfant de ce couple mal assorti et voué à l’échec dès le début.

Je n'aime pas Emma. Flaubert me le pardonnera. Même s'il a dit "Madame Bovary, c'est moi". Il aurait pu parler ainsi de chacun de ses personnages, de chaque bruissement de feuille, de chaque nuage qui passe. Il était intensément ce qu’il décrivait si justement, si parfaitement et si somptueusement, au prix de tant de souffrances physiques et morales. Il suffit de lire sa « Correspondance » pour s’en convaincre. Respect.

Emma est une vulgaire petite égoïste, grandie par des passions qui la dépassent. Peu sensible aux souffrances des autres, elle soucie comme d’une guigne de son propre enfant, trop attentive aux soubresauts de son cœur de midinette pour se préoccuper une seconde du bien-être des siens, de ceux qui l’aiment vraiment, sans rien recevoir en retour. Elle préfère la fuite, après avoir précipité sa propre famille dans la ruine, à cause des folles dépenses destinées à complaire à ses bellâtres d’amants. Elle se rachète toutefois par une phrase : « Vous profitez impudemment de ma détresse, monsieur ! Je suis à plaindre mais pas à vendre ! »

Elle s’inflige à elle-même son propre châtiment. Le suicide est indiscutablement le fruit d’une douleur immense et je ne nie pas qu’il demande énormément de courage. Mais il s’agit malgré tout d’une fuite, qui laisse l’entourage dans la détresse la plus totale. Se remet-on jamais du suicide d’un proche ? Je ne le pense pas. Mais Emma ignore le véritable amour, je la crois incapable d’aimer, elle ne connaît que la passion, qui en est le simulacre. Non vraiment, je ne l’aime pas, Emma.

J'apprécie beaucoup, en revanche, l'interprétation de Charles tout en finesse qu'en a faite l'admirable Jean-François Balmer. Il figure tout en haut du panthéon des acteurs chers à mon coeur. Isabelle Huppert est admirable dans le rôle de sa vie. Elle est complètement habitée, envahie par le personnage d’Emma. Une actrice « folle de son rôle », comme l’a écrit si justement Télérama au moment de la sortie du film.

« […] et le chagrin s’engouffrait dans son âme avec des hurlements doux comme fait le vent d’hiver dans les châteaux abandonnés. » Décidément, je compatis au chagrin d’Emma, mais je ne l’aime pas.

Par Ashaninka - Publié dans : Litterature
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Jeudi 30 juillet 2009 4 30 /07 /2009 15:06

 

 

Père…

Aujourd’hui,

J’ai senti ton absence,

Ta manière d’être,

Ton regard,

Ta façon de te préoccuper pour nous.

Nos conversations, tes silences,

Ton sourire, tes mimiques,

Comme tu gesticulais, quand tu t’exprimais,

Et comme tu t’emportais,

Quand quelque chose te tenait à cœur.


Père…

Pardonne moi pour cette immense nostalgie,

Pour le vide laissé par ton absence,

Même sans avoir besoin de parler,

Je comprenais ce que tu voulais,

Ce que tu pensais, ce que tu ressentais,

Et tu continuais comme si rien ne t’inquiétait.

Père…

Tu me manques beaucoup,

Même tes colères, tes cris,

Me manquent.

Je ne me plains pas,

Je pleure parfois,

Ce sont des moments de souvenirs,

Que j’ai de toi,

Peut être, en cet instant de fête,

Je me sens fragile,

Et je voudrais caresser l’espoir,

D’entendre les mots que tu savais si bien me dire.


Père…

Je sais que tu es toujours présent,

Comment pourrait il en être autrement ?

Puisque je suis une moitié de toi,

Je ne vois plus ton visage,

Mais en regardant ton portrait,

Je vois l’homme fort que tu étais.

L’homme juste, partit trop vite,

Ton enseignement, ta sagesse,

Cependant demeurent,

Et guident mes pas sur le chemin que je poursuis,

Avec ta petite fille.

 

Père…

Quand je passe le pas de la porte,

Je regarde dans le salon,

Et m’attends à te voir là,

Assis sur ton fauteuil club,

Un livre à la main,

Ou écoutant Elvis,

Pavarotti et les trois ténors,

Ou encore « Por una cabeza »

De Gardel.

 

Hors sombre et vide est devenue la maison,

Déserte la terrasse par le vent balayée,

Brumes hivernales, clairs de lune,

De ton rire sonore hélas plus un.

 

Larmes étouffées, cris étranglés,

Le cœur enflé, de mots restés suspendus

Tant de cendres restent allumées,

En ma poitrine ce soir serrée.



Par Ashaninka - Publié dans : Poésie libre pensée
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Jeudi 30 juillet 2009 4 30 /07 /2009 15:04



Depuis longtemps j’attends,

Je t’attends,

Je t’attends toi

Le rayon de beauté, mon trésor,

Mon amie

Ma mie,

Issue des marbres qui enchantent la terre

A toi douce femme aux seins de vent et œillets

 

Tu portes pour moi, tes robes de fantaisie

Avec lesquelles je déguise

L’arbre vert de ma masculinité

Moi l’homme,

Cherchant,

Dans le saxophone de ton corps féminin

La communion avec la déesse

 

Les serpents du paradis,

Sans malice,

S’entrelacent dans tes jambes

De perles et de corail,

Dans le jade de tes hanches,

Et ma langue de glaise,

Descend le long de tes flancs de platine,

Où elle dessine des spirales,

Qui préparent le geyser de la passion,

Prêt à jaillir, de la fournaise de ton ventre.

 

Ah l’amour absolu !

Croquer dans la pomme d’un corps imparfait,

La perfection de la déesse,

L’archétype de la beauté primordiale !

 

Ah les fleurs bleues de ta sérénité,

Les lacs blancs de la glace de ton silence,

La caresse de tes doigts d’or dans mes cheveux !

 

 

Ah mon amour

Je veux, être ton corps,

L’aqueduc de tes jambes

L’amphore de tes hanches,

L’huile de sésame de tes désirs,

Le balcon rouge de tes gémissements,

Le tapis de mains qui touchent ton cœur,

Là où se trouve,

Intact le calice.

Perfection de l’amour,

Profondeur, de vérité et de pureté.

Par Ashaninka - Publié dans : Poésie libre pensée
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Jeudi 30 juillet 2009 4 30 /07 /2009 14:43

De son vrai nom, Lucila Godoy, Gabriela Mistral est née le 7 avril 1889, dans la vallée
d'Elqui, au nord du Chili. Elle gardera toujours au corps et au coeur, les beautés de sa région natale...Elle y fait d'ailleurs allusion, tout au long de sa vie d'artiste, avec cette "nostalgie" que le joli mot portuguais de "saudade" traduit parfaitement, tout comme le mot espagnol "la
querencia".


Extrait de sa poésie:

LA TERRE

"Nous dansons sur toi,

Terre du Chili,
Plus douce que roses,
Plus douce que miel,
Terre qui pétris
Les hommes aux lèvres
Et au coeur sans fiel.

La terre qui porte

Les plus verts vergers,
Terre la plus blonde
De moissons sucrées,
Ah, comme elle est douce
Aux pieds qui la touchent !" (...)


Jamais, Gabriela n'oubliera le pain sacré de son enfance, en forme de "soleil, de poisson,

de couronne" ( pas plus qu'elle n'oubliera l'eau, le vent, au goût de "sauge et de menthe sauvage" ): c'est l'essence même d'un réel chaleureux, simple, profond...Le pain lui rappelle le sein de sa mère, mais également les vallées de l'Elqui, de l'Aconcaqua, de Patzcuaro; et ce pain est aussi le pain de toute la terre; il lui restitue les pays visités, les amis disparus...

De 1918 à 1920, Gabriela est professeur au lycée de Punta Arenas, la ville la plus australe du Chili. A la suite d'un concours ( Jeux Floraux ) où elle brille, les journaux lui ouvrent leurs colonnes, des revues la sollicitent.

En 1914, paraîssent les cent poèmes du recueil "Désolation".
En fait, son oeuvre en vers comprend trois volumes: "Désolation" ( 1922 ), Tala ( 1938 ),
Lagar ( 1954 ).
Gabriela est saluée, remerciée par les femmes, qui voient en elle un étendard, une garante. Les féministes lui sont redevables d'avoir évoqué la condition des femmes d'Amérique du Sud dès 1923 dans "Lecturas para Mujeres".
Profitons-en chers pccistes, pour citer d'autres poétesses, du même continent, telles que:
Maria Eugenia Vaz Ferreira ( uruguayenne ); Delmira Agustini ( uruguayenne ); Alfonsina Sforni
( argentine ); Juana de Ibarbournou ( uruguayenne ).


Extrait ( de Gabriela, la suite ):

LA RONDE

"Où déviderons-nous la ronde ?

La ferons-nous sur le rivage ?
La mer dansant de tous ses flots
Y tressera fleurs d'orangers,

La ferons-nous au pied des monts ?

La montagne nous répondra,
Ce sera comme si les pierres
Se mettaient toutes à chanter,

La ferons-nous dans la forêt ?

Elle va mêler voix à voix
Et les chants d'enfants et d'oiseaux
Vont se confondre avec le vent,

Notre ronde sera sans fin,

Nous la ferons dans la forêt,
Nous la ferons au pied des monts
Et sur tous les bords de mer."


Gabriela consacre également des poèmes au "huemul", le cerf blanc des neiges, qui figure

dans l'écusson de son pays:
"Tu fendais le trèfle et l'avoine en fleur
Des ronds de soleil semés
Sur tes cornes et des gouttes
De rosée à tes flancs..."

Une autre poésie ( pour la soif ) chers pccistes gourmets:

ALOUETTES

"Posées sur la flaque de blé,

Elles filent à notre approche
Et la promenade est restée
Comme déchirée de l'envol,

Dans les buissons, elles sont en feu,

Dans les airs, de l'argent lancé,
Passent avant que de passer
Tranchent au vol ton cri de joie
Et, de dessus l'aile du vent,
Laissent tomber sur nous l'aubade...

Les yeux ne savent pas encore

Que toute la bande est passée,
Et jettent l'appel:- Alouettes !
A ce qui monte, se perd, chante,

Et dans l'air ainsi traversé,

Elles nous laissent le regret
Et le tremblement de surprise
Vifs, en notre chair, notre âme...

Nous rencontrons les alouettes,

Par cent, mon enfant, dans la plaine."


Gabriela nous touche par les thèmes qu'elle aborde : la nature, l'amour, l'enfance, la

nostalgie, la passion du pays natal, etc.
Nota-Bene: Elle choisit de prendre le pseudonyme "Mistral", par passion pour son poète
favori, Frédéric Mistral...
Par Ashaninka - Publié dans : Poésie libre pensée
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Jeudi 30 juillet 2009 4 30 /07 /2009 14:38


Au long des chemins creux,
L'Amour fait son lit,
Les membres brûlant de replis,
Jours et nuits y mêlent leurs aveux,

Le monde devient si léger,
A écouter le chant des sources,
Leurs lèvres déployées,
Parmi les mousses,

Le temps tressé feuille à feuille,
Accroît les méandres des vallons,
Le soleil en exil sur les seuils,
A laissé au loin ses clairons,

Joue à joue contre moult horizons,
Un chevreuil montre sa joie,
Embrassant à foison,
L'univers qui verdoie,

Tout en nous rapprochant des abîmes,
A chacun de nos pas,
Nos rêves caressent les oiseaux des cimes,
Par-dessus les toits...

Les arbres mages, nous enivrent,
Etendant leurs robes denses,
Brisant des réalités, le givre,
Pour une fraternité plus dense...

V.
Par Ashaninka - Publié dans : Poésie libre pensée
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