Histoires del Cordel, Histoires vraies

Vendredi 7 août 2009 5 07 /08 /2009 14:07

Cette histoire vraie que je livre ici, pourrait être la nôtre demain.

Juste une pensée.


Comme à son habitude, elle m’a accueilli avec un grand plaisir. Sa joie, mal dissimulée, nous avons bavardé, comme deux amies, comme si nous nous étions quitté la veille.

Bavarder, pour elle, c’est un moment d’intense bonheur, puisque maintenant, elle vit seule.

Elle est élégante dans sa mise, elle se tient droite et son sourire gracieux lui rend hommage.

Seule depuis plus de vingt ans. Seule dans sa grande maison témoin de son bonheur. Complice de sa solitude, aux pièces de belles tailles, cette maison en pierre à vu naître ses enfants. Pour rien au monde elle ne la quitterait, sauf bien sûr, quand son heure sera venue, quand il voudra bien, lui là haut, la délivrer de sa solitude, de sa décrépitude, comme elle dit … De ces marques que le temps sans aucune indulgence, nous accorde de ses largesses.

“Parce que tu sais à plus de quatre vingt onze ans, je suis plus près de la mort qu’à quatre vingt dix ans, ben oui faut pas avoir peur de l’ dire.”

Je la regarde, je cherche ce que je pourrais bien répondre à cela, mais elle sourit, cligne ses yeux qui devaient être si bleus et je vois bien qu’ils sont humides.

D’un geste rapide elle les essuie. Alors, sentant sa gène, je dirige la conversation sur un autre sujet, tout bête celui là, anodin sans conséquence enfin … comment pouvais je savoir ?

Dans sa salle à manger trône une superbe table en bois, patinée par le temps. Je lui dis que je la trouve belle, Ce à quoi elle répond : “ Elle vous plait, j’vous dis ça parc ’qu’y faut que j’m’en débarrasse. ”

Bien sûr qu’elle me plait, là n’est pas la question. Pourquoi veut-elle s’en débarrasser maintenant ? Elle ne me semble pas être dans le besoin. Et ses enfants ?

“ Mes enfants ils n’aiment pas les meubles, ils la veulent pas. Et puis elle est trop grande, ils ont pas la place. ”

De sa main, elle me montre le lit dans le coin à droite :

« Vous comprenez, j’dors ici maintenant, alors j’dois faire de la place. »

Son lit, je ne l’avais pas vu, pas remarqué, poussé dans son coin, comme caché, puni, oublié pour la journée seulement… il n’était pas là à ma dernière visite.

“Si vous la voulez j’vous la vends, mais j’sais pas combien”. Mon fils va v’nir .

Je l’imaginais dans ses plus beaux atours animée de repas de fêtes, tenant en respect des enfants riant, courant autour d’elle, éclairée de chandelles prétextes à des mots d’amour.

Une profonde tristesse m’envahie. A-t-elle perçu mon trouble, de ses beaux yeux plus tout à fait bleus…

“J’suis pas matérialiste vous savez, non faut pas… à quoi ça sert ? ”

Je n’ai pas réfléchi je n’avais qu’une envie, la prendre dans mes bras et la bercer tout contre moi. Je l’ai embrassé.

Que pouvais-je faire ou dire qui aurait changé quoi que ce soit ?

Nous sommes entrées dans la cuisine, et comme si rien n’avait transpiré de sa nouvelle situation, nous avons fait comme d’habitude.

 

Alors c’est comme ça ? C’est tout ce qu’il reste de toute une vie… faire de la place, débarrasser, rompre avec les vieux souvenirs, se défaire de tout… emballer, donner… brader sacrifier les objets familiers tant aimés… s’inquiéter des autres, encore…avant de partir ?

 

 Oui à quoi ça sert hein ? Se marier, faire carrière, accumuler des trucs qui serviront plus un jour, faire des projets… nourrir des rêves, avoir des enfants, les élever, les protéger, les voir grandir puis quitter le nid… avant de partir à notre tour un jour…

 

Comme je la quittais, sur le pas de la porte elle me dit encore :

 “Vous savez, j’ai eu un cadeau de noël merveilleux. Andrée, vous voyez la jeune femme qui vit à côté, elle est venue me voir avec son bébé. J’le tenais dans mes bras et il m’a caressé la joue, comme ça. De sa main elle me montre. C’était une vraie caresse. ”

 

À ce souvenir, elle sourit, son trouble était palpable, presque glorieux. Moment de grâce… regard triomphant de ses doux yeux qui, sans plus de doute furent infiniment bleus.

Par Ashaninka - Publié dans : Histoires del Cordel, Histoires vraies
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Samedi 1 août 2009 6 01 /08 /2009 16:57

Evandro était un homme fort, de stature moyenne, un air bourru, mais toujours élégant.

Tous les soirs il passait au café du coin de la rue où il habitait dans un quatre pièces avec ses sept enfants.

Il se préparait soigneusement, mettait son chapeau Panama sur la tête, prenait sa canne au pommeau à Tête de Lion, façonnée avec l’or qu’il avait trouvé lorsqu’il était garimpeiro (orpailleur) ; avec Rozana son épouse décédée des nombreuses crises d’amibiases et fièvres tierces, contractées dans cette énorme excavation boueuse d’un probable paradis futur ; et se dirigeait vers le café boire son petit noir.

Evandro était fatigué, les années passées dans le garimpo (mines d’or) et le paludisme, avaient eu raison de ses articulations, il avait amassé assez d’argent pour se créer une petite rente, et bien que modeste, il avait des principes et éduquait ses enfants avec l’aide de sa fille aînée, Lisaura, dans le respect des autres et de la croyance en Dieu.

Tous les après midi il regardait sur le petit poste de télévision les reportages sur les voyages dans le monde.

Il aimait rêver qu’il visitait d’autres contrées, il aimait se souvenir des projets qu’il avait pour sa famille quand il croyait devenir riche à la frontière Guyannaise.

Jamais il ne s’est plaint, jamais il n’a regretté, car tout ce qu’il avait obtenu il l’avait fait honnêtement, même quand il a emménagé à Rio pour que sa femme soit suivie par les meilleurs médecins, il a travaillé jour et nuit comme taxi afin de payer les soins.

Il était un père aimant, et compréhensif, les enfants étaient sacrés et de sa vie, il n’avait levé la main sur l’un d’eux.

Cet après midi là, le reportage est suspendu pour un flash info de la plus haute importance.

« Un crime est arrivé hier soir dans un quartier de Rio, deux délinquants mineurs se sont violemment emparés du véhicule, dans lequel étaient João Hélio Fernandes, sa mère et sa sœur. La mère et la fille qui étaient sur le siège avant ont réussi à quitter le véhicule, mais quand la mère à essayé de sortir son fils João âgé de six ans de son rehausseur, les bandits ont démarré en trombe entraînant avec eux le petit garçon, prisonnier par le pied à la ceinture de sécurité.

L’enfant a été traîné sur sept kilomètres, son corps à été démembré, et sa tête arrachée durant la course, sous les yeux des témoins impuissants, un cycliste essayant d’arrêter le véhicule, à été blessé par balle par l’un des braqueurs. » (Rede Golbo TV Brasil)

Les images suffoquent Evandro, la voiture éclaboussée de sang, le goudron, sur des kilomètres, marqué par le corps de João Hélio, impossible d’empêcher les larmes de monter, il réussit à peine à déglutir.

Mais ce qui le fait se convulser sous l’horreur, est que non seulement João Hélio, aurait pu être son fils, mais qu’il vient de reconnaître dans le film amateur d’un passant, Diego son propre fils, âgé de dix sept ans, au volant de la voiture !

Evandro est effondré Diego est dans sa chambre, il est quatre heures et demi de l’après midi, il écoute tranquillement de la musique.

Evandro prend sa douche s’habille de sa chemise blanche et de son pantalon à pinces noir, il chausse ses chaussures vernies des grandes occasions, met son chapeau Panama sur la tête et prend sa canne au pommeau à Tête de Lion en or.

Il tape à la porte de son fils et lui dit qu’il va faire une course, et qu’ensuite il passera au café comme d’habitude, il informe Lisaura qu’il sera un peu en retard ce soir, et claque la porte d’entrée du quatre pièces.

Six heures et demi il se rend au café, Inacio, le patron le salue :

« -oh Seu Evandro, tu vas où ? A un mariage ?

Evandro ne répond pas, il s’appuie sur le comptoir, et regarde fixement dans le miroir, contre le mur derrière le cafetier.

Tout d’un coup un attroupement se fait sur la terrasse du café, la police est là, elle s’arrête devant un immeuble.

« Hei Seu Evandro, c’est dans ton immeuble qu’elle va la police ! 

-         ah bon ! Répond sereinement, Evandro

-         ben oui regarde !

-         non ce n’est pas la peine !

-         Eh mais c’est pas ton fils là bas avec les menottes ?

-         Je ne sais pas ! continue Evandro sur le même ton sans ciller

-         Mais si je crois bien que…

-         JE TE DIS QUE JE NE SAIS PAS ! hurle soudainement Evandro. »

 

Le patron voyant les yeux de son client, briller, lui dit d’une voix très douce,

« - Bon je te sers un petit noir comme d’habitude ?

-         non pas ce soir, se soir je veux la bouteille de cachaça se soir je veux oublier mon nom ! »

 

La radio annonce qu'un des criminels de João Hélio vient d'être arrêté, ce n'est plus qu'une question de temps pour le second, ils parlent d'un père courageux qui dénoncé son fils...

Inacio coupe la radio il vient de comprendre.

 

    Il se sert un grand verre de cachaça et le sirote doucement pendant qu’une grosse boule se forme dans sa gorge, il en a mal ! Un mélange d'empathie pour ce père et d'admiration devant sa décision et que la pudeur l'empêche de serrer dans ses bras.

 

Il n’aurait plus jamais pu se regarder dans un miroir s’il n’avait livré son fils criminel à la police, mais il ne pourra jamais non plus affronter le regard de la mère de João Hélio, lorsqu’il lui demandera pardon au nom de Diego.

Evandro est désormais un homme cassé. La famille de João est désespérée. Deux familles, deux destins brisés, dont les chemins se sont croisés dans ce qu'il y a de plus monstrueux, un huit février deux mille sept.

 

A la mémoire de João Hélio Fernandes, tragiquement décédé.

Par Ashaninka - Publié dans : Histoires del Cordel, Histoires vraies
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Samedi 1 août 2009 6 01 /08 /2009 16:45

Il s’appelait, Joaquim, on l’appelait Kico.

 

Kico avait huit ans, tous les matins il déscendait de la favela, avec son chariot de bois, fait de planches et de roulements à bille, récupérés sur les patins à roulettes, dans les poubelle de copacabana.

 

Il se levait tôt se lavait avec une boite de conserve et un peu de savon, devant une grande bassine lessiveuse. S’habillait de son short en jean coupé, un marcel, et des tongs bahianas qui avec le temps finissaient par lui palmer les pieds.

 

Arrivé sur le marché, il chipait par ci par là une orange, une banane, faisant office de petit déjeuner. D’autres fois il ne mangeait rien.

 

Parfois Dona Creuza, la femme du patron du bistrot lui offrait un verre de lait et du pain beurré, quand Seu Jorge son mari ventripotent était absent ou cuvait encore son vin. Plutôt sa cachaça !

 

Kico avait le sourire des anges, des boucles blondes encadraient un visage doré, de grands yeux verts jaunes lui mangeaient la moitié du visage.

 

Dieu qu’il était beau ce petit métisse, il aurait pu être acteur de cinéma !

 

Les premières ménagères arrivaient et kico, se hâtait d’aller proposer ses services de porteur.

Ils étaient nombreux les « muleques » (gamins des rues) avec des carrioles pour pousser les courses au péril de leur vie entre la dense circulation pour une petite « gorgeta » (pourboire).

Arrivés au pieds des immeubles des ménagères ils y déchargeaient les commissions par la porte de service des grands appartements luxueux de Rio.

 

Des fois la « Patroa » (Maîtresse de maison), ordonnait aux employés ,de leur donner à manger, d’autres leurs donnaient des vêtements et à peine un peu d’argent car elles savaient bien qu’ils se feraient tout prendre par leurs pères, alcooliques,  qui les envoyaient travailler.

 

Un jour chez Dona Tereza, kico vit à la télévision Bambi, il avait été très ému en regardant ce dessin animé, lui qui n’avait même pas connu sa mère morte en couches, pleurait sur le sort de bambi qui restait orphelin comme lui.

 

Mais Bambi n’était pas comme lui responsable de la mort de sa maman ! (pensait l’enfant)

 

kico savait bien que sa mère était morte à cause de lui, on le lui avait souvent reproché dans la famille, son père devait tout assumer, c’est pour ça que kico devait travailler dur pour se faire pardonner.

 

Dans la boutique de jouets de Seu Ozvaldo, il y avait une peluche représentant Bambi, kico y passait tous les jours regarder ce jouet, c’était bientôt Noël.

 

Il savait qu’il n’y avait pas de Noël pour les « mauvais garçons des favelas » alors il se contentait de rêver qu’il dormait avec sa peluche, sur sa nasse à même le sol.

 

Mais cette peluche devenait obsessionnelle, il y pensait toujours comme une amulette.

 

 Seu Ozvaldo avait bon cœur il le laissait entrer dans la boutique et caresser Bambi. Conscient de la dureté de la vie du petit garçon mais impuissant face à tant de misère, il le regardait refoulant ses larmes, jouer comme l’enfant qu’il était et qu’il aurait toujours du être.

Pourquoi tant de rêves devaient ils être brisés par la dure loi de survivance ? Pas un enfant Seigneur ! Pas un enfant !

 

Le 24 décembre Seu Ozvaldo, l’appela sur le pas de la porte de la boutique, il lui avait préparé une surprise.

Après lui avoir servi dans l’arrière boutique une grande tasse de cacao, il lui dit qu’il avait rencontré le père Noël et que celui-ci admiratif du courage du petit garçon lui avait déposé, un cadeau.

 

Kico n’en revenait pas ! Là devant lui il y avait Bambi avec un petit collier à son nom pour qu’il ne se perde pas !

Kico était si content qu’il, sautait de joie tant et si bien qu’il en perdit les billets fourrés dans sa poche sans s’en apercevoir.

 

Cette nuit là fut la dernière, personne ne vit plus jamais Kico.

 

L’ange avait désormais des ailes.

 

Son père l’a battu à mort pour avoir dépensé l’argent dans une peluche.

 

Bambi gisant dans la ruelle boueuse de la cabane en planches familiale, fut ramassé par Hector, appelé cotoca qui se levait tous les matins pour aller travailler sur les marchés de Rio.

Cotoca et les autres muleques ont déposé chacun un « cruzado » (monnaie locale), l’argent perdu par Kico, sur un radeau empli des fleurs offertes par les marchands sur le marché et l’ont envoyé à la mer recommandant à Iemanja la déesse de l’eau et des enfants, qu’elle prenne soin de lui.

 

 Seu Ozvaldo inconsolable n’offrit plus jamais de cadeau, il garda précieusement l'argent de kico dans une boîte à musique, dans le fol espoir de le voir revenir chercher son maigre pécule.

 

Dieu qu’il était beau ce petit métisse aux yeux d’or !

 

Par Ashaninka - Publié dans : Histoires del Cordel, Histoires vraies
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Dimanche 26 juillet 2009 7 26 /07 /2009 20:30


"Les nuages noirs passent à la vitesse de la lumière qu'ils cachent, ils passent comme des oiseaux de mauvais augure, la cour est grise et froide, la ligne est droite et jaune, elle sépare l'enfant du reste du monde.
« qu'as-tu fait, qu'as-tu dit éructa le corbeau,
- baisse tes yeux, regarde tes chaussures continua t il
- baisse tes yeux je te dis »

L'enfant ne pleure pas aucun cri ne sort de sa bouche ouverte ;

la chair des cuisses de l'enfant se zébra d'un trait rouge vif ! il faut dire pour le connaisseur que rien ne vaut une bonne badine de jonc bien sèche, si le coup est appliqué en un mouvement précis et sec, elle fait des merveilles.
« j'en ai maté des plus forts que toi
- baisse tes yeux » hurla le corbeau ;
celui-ci était le plus grand de tous les corbeaux, le plus athlétique, le plus jeune, le plus féroce.

L'enfant ne pleure pas aucun cri ne sort de sa bouche ouverte ;

Il s'approcha de l'enfant en tournoyant, sa grande robe noire faisant comme une corole funeste ; il prit l'enfant par les cheveux, ceux qui sont juste au dessus de l'oreille, l'amena sur la ligne jaune
« baisse les yeux » la bave sort de la commissure du bec de ce corbeau ; puis un autre, puis un
autre, les corbeaux sont trois maintenant.

La cour pleine de cris d'amusement des enfants est devenu vide et silencieuse, juste les cris des corbeaux.

L'enfant ne pleure pas aucun cri ne sort de sa bouche ouverte ;

« baisse les yeux » dit un troisième corbeau le visage écarlate, plutôt rondouillard et bonhomme mais maniant la badine comme personne.
« tu vois cette ligne et bien tu va te mettre juste dessus, tu ne dois pas la franchir, si tu la dépasse, deux coups de badines !! »

La ligne fait le périmètre de la cour, au-dessus les salles de classe ; donc tous les enfants voient, ta punition ; l'exemple ! Disent les corbeaux,
« rien de mieux pour mater les fortes têtes »
« Baisse les yeux ».

L'enfant ne pleure pas aucun cri ne sort de sa bouche ouverte ;

Deux heures et 20 coups de badine plus tard, l'enfant est accompagné par un corbeau plus gentil, plus doux, qui l'emmène dans un couloir gris et sombre ; c'est drôle ce corbeau est blond alors que les autres sont bruns ;
« alors mon enfant, que se passe t il »
au bout de ce couloir sombre, une porte, elle s'ouvre, le bel oiseau s'assoit derrière un bureau noir.


« Tu sais mon enfant, nous faisons cela pour ton bien »
- baisse les yeux quand je te parles »
-quand tu es arrivé, il a fallu te faire perdre ta sale manie de vouloir écrire avec la main du malin, maintenant tu écris avec la main du seigneur »

Le bel oiseau regarda l'enfant avec insistance,
« viens près de moi mon enfant »
Il passa la main dans les cheveux du garçonnet, l'attira plus près,

VLAN !

L'enfant ne pleure pas aucun cri ne sort de sa bouche ouverte ;

La porte ne s'ouvrit que 46 ans plus tard


Par Ashaninka - Publié dans : Histoires del Cordel, Histoires vraies
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